Le PARISIEN.fr publié le 24 janvier 2012

 

A Toulouse, les enfants en deuil ont leur groupe de parole

 

Les enfants qui ont perdu un frère, une soeur ou un parent, doivent souvent se débrouiller face à leur douleur. Pour les aider à surmonter le deuil, des spécialistes ont créé à Toulouse des groupes de paroles où ces enfants peuvent échanger, une expérience unique en France.

 

"L'idée, c'est de faire de la prévention, et d'éviter que ces enfants n'arrivent plus tard en psychiatrie", dit Jean-Philippe Raynaud, responsable du service universitaire de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent au CHU de Toulouse.

 

Des ateliers de paroles d'enfants sont expérimentés depuis 2006. D'abord destinés aux jeunes endeuillés dans leur fratrie, des groupes de paroles sont aussi prévus depuis 2011 pour ceux ayant perdu un parent (800.000 enfants ou jeunes de moins de 25 ans sont dans ce cas en France, ndlr).

 

A l'origine de cette initiative, l'équipe d'Agnès Suc, responsable du centre de soins palliatifs pédiatriques à l'hôpital des enfants de Toulouse-Purpan et animatrice du Réseau Enfant-Do en Midi-Pyrénées, dont l'objectif est de prendre en charge la douleur des enfants en fin de vie.

 

"On avait des prises en charge dans des situations palliatives mais on se posait beaucoup de questions sur celle des frères et soeurs de ces enfants", a-t-elle expliqué mardi lors d'un point de presse aux côtés des parties prenantes à l'expérience, financée par les Fondations APICIL de lutte contre la douleur et OCIRP de protection de la famille pour un coût annuel de 20.000 EUR.

 

La dynamique de groupe permet aux enfants d'échanger entre eux et de mettre des mots sur la douleur psychique qu'ils partageaient jusqu'alors en silence, et ce travail facilite considérablement le processus de deuil, explique l'équipe.

 

Car en général, ces enfants ne manifestent pas ouvertement de signes de souffrance. Ils tentent de jouer un rôle, "comprenant que comme ça va déjà mal, ils ont intérêt à se tenir à carreau" et à donner le change, dit Agnès Suc.

 

"A la fois, ils vont bien en apparence et à la fois ils sont dans une souffrance terrible", renchérit Véronique Lutgen, médecin-psychothérapeute qui anime avec sept autres professionnels les groupes de paroles.

 

Les ateliers réunissent entre six et dix enfants qui ont eu une consultation préalable destinée à discerner s'ils souffrent de pathologies nécessitant un traitement particulier. Le groupe se verra quatre fois autour de supports comme le dessin ou les collages, avant de nouvelles consultations individuelles.

 

Les adolescents sont mélangés aux petits car ces derniers, très spontanés, disent des choses énormes "en dix secondes", ce qui pousse leurs aînés plus taciturnes à parler aussi, témoigne le Dr Lutgen.

 

Les enfants comparent leurs expériences. "On voit combien ils font d'efforts pour protéger leurs parents", ajoute-t-elle. "Ils se demandent: +et toi tu fais comment pour annoncer une mauvaise note+".

 

Elle cite le cas d'un jumeau qui se met à raconter l'accident dans lequel il a perdu son frère, suscitant l'aveu d'une petite fille qui dit dans un souffle qu'elle aussi a vu mourir un membre de sa famille.

 

La confrontation des expériences permet également aux enfants de s'apercevoir qu'on ne meurt pas tous de la même façon et d'en être paradoxalement soulagés.

 

C'est l'occasion d'aborder le sentiment de culpabilité que peuvent éprouver des enfants qui s'étaient disputés avec le défunt.

 

Dire les choses permet d'éviter qu'elles ne "se figent", explique le Pr Raynaud.

 

"L'idée, c'est qu'ils ne soient pas persécutés de l'intérieur par un traumatisme", ajoute Michel Vignes, pédopsychiatre.